Media Et Opinion Publique Dissertation Abstracts

Corrigé

Introduction

[Accroche] En janvier 2015, l’attentat contre le journal Charlie Hebdo provoque une immense réaction de soutien, témoin du lien qui lie la presse à l’opinion publique.

[Problématique] Depuis 1898, la France a connu bien d’autres crises politiques au cœur desquelles ce lien joua un rôle clé. Quelle relation lie les médias au public et vice versa ?

[Annonce du plan] Au fil des années, nous tenterons de définir cette relation et de voir comment elle évolue selon les supports propres à chaque période.

I. La forte influence de la presse papier (1898-1940)

1. L’affaire Dreyfus, une référence historique

 En 1894, la presse condamne unanimement le capitaine Alfred Dreyfus. L’opinion suit : contre le traître, le consensus est total.

Info

Les services de renseignement de l’armée ont fabriqué la preuve qui sert à condamner Dreyfus.

 En 1898, Émile Zola publie un violent réquisitoire dans le journal L’Aurore. Contre l’opinion établie, il accuse l’armée de falsification.

2. La puissance du média sur l’opinion

 En quelques jours, Zola retourne une fraction de l’opinion publique, tandis que de nombreux Français, choqués par ses accusations, rejettent son plaidoyer par le biais d’une presse antidreyfusarde. Les opinions s’affrontent par médias interposés.

Info

À la faveur d’une manifestation qui tourne mal (14 morts), les ligues d’extrême droite tentent un coup d’État.

 La crise portée par les médias divise les Français, profite à l’antisémitisme et à l’expression de positions mettant le régime aux abois. Cette violence se retrouve dans la presse d’extrême droite lors de la crise du 6 février 1934 contre la République.

3. Les limites d’une puissance

 En réalité, les clivages d’opinion antérieurs aux crises évoluent peu. Ainsi en 1898, les partisans des droits de l’homme rallient Zola quand les nationalistes soutiennent la presse antidreyfusarde ; en 1934, les journaux d’extrême droite dénoncent la République quand ceux de gauche soutiennent le gouvernement. La presse est autant au service d’opinions établies a priori que créatrice de celles-ci.

 Le recours à l’image (les caricatures de Caran d’Ache ou celles du journal L’Assiette au beurre, par exemple) témoigne des limites de médias confrontés à l’analphabétisme.

[Transition] De 1898 à 1940, les journaux font preuve d’une puissante capacité de mobilisation au service de l’opinion qu’ils servent. L’apparition des médias audiovisuels change-t-elle la donne entre la défaite de 1940 et les années 1990 ?

II. La puissance émotionnelle des médias audiovisuels (1940-1990)

1. Le rôle des médias audiovisuels dans les crises

 La force des images et du son renforce le pouvoir des médias. La « bataille des ondes » pendant la guerre, les messages envoyés de Londres via la BBC ou le développement des films de propagande en témoignent.

Info

La télévision diffuse des images des foules rassemblées à Alger.

 En mai 1958, le général de Gaulle utilise la télévision pour favoriser le recours à sa personne et permettre la mise en place de la Ve République.

 Lors de la crise de mai 1968, les transistors en émettant des reportages en direct font de la radio un outil au service des étudiants et suscitent des émotions inédites auprès des auditeurs.

2. Les caractères nouveaux de la relation

Info

Créé en 1964, l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) ne comportait qu’une seule chaîne contrôlée par l’État. Il n’existait pas de concurrence privée.

 Les technologies audiovisuelles nécessitent des moyens qui favorisent le monopole d’État (ORTF) ou, plus tard, les intérêts d’entreprises privées (TF1) disposant d’importants capitaux.

 Le direct donne au public l’illusion de l’immédiat. Le montage des images ou les coupures peuvent le tromper. Le risque de manipulation s’accentue.

 Les reportages font entrer le monde au domicile des Français dont le regard sur le « village planétaire » (McLuhan) change.

3. Le maintien d’une relation bilatérale

 Le pouvoir de conditionnement porté par les médias audiovisuels renforce leur influence sur l’opinion. Il convainc les publicitaires qui envahissent les écrans et les ondes.

 Le poids de l’audimat pèse toutefois sur la programmation. Les médias suivent donc souvent la demande du public.

[Transition] La puissance de l’émotion et l’efficacité du direct ont renforcé le « quatrième pouvoir », celui des médias ; pour autant, celui-ci ne parvient pas à contrôler totalement l’opinion publique. L’éclatement des sources introduit par Internet ne renverse-t-il pas la relation ?

III. Le nouvel équilibre lié à Internet (1990-2015)

1. La déprofessionnalisation des médias sur le Web

 L’intrusion d’Internet dans le monde de l’information produit une démultiplication des sources : tous les internautes deviennent des médiateurs virtuels viales forums ou les blogs. Les crises, comme lors du rejet du Traité constitutionnel européen en 2005, se discutent désormais en ligne.

 Le foisonnement des points de vue qui s’expriment sur le Net fait imploser l’idée même d’opinion publique de plus en plus difficile à cerner.

 À l’instar des radios périphériques en 1968, Twitter institue à partir de 2006 le commentaire citoyen en direct, entraînant les journalistes dans une course en avant dangereuse.

2. Les médias traditionnels en crise

 Presse papier, radios et télévisions survivent mais leur audience s’effondre, auprès des plus jeunes tout particulièrement. La crise politique, en l’occurrence, est celle des médias eux-mêmes.

 Le sentiment de liberté que donne la Toile remet en cause l’utilité de ces anciens médias.

 Sauf à risquer l’indignation des citoyens en mettant Internet sous contrôle, l’État perd la main qu’il pouvait avoir encore sur l’information.

3. Le maintien d’une relation mais un équilibre reconfiguré ?

 Les limites d’Internet existent pourtant : la crédibilité des blogueurs, sites et sources se pose et redonne de l’importance aux médias professionnels. Journaux, radios et télévisions développent une information en ligne de manière à conserver leur public traditionnel.

 S’il compare plus facilement l’offre, le public reste fidèle aux sources qui exposent les convictions qu’il partage.

Conclusion

[Bilan] En un siècle, l’équilibre entre les médias et l’opinion publique s’est redistribué et la médiatisation incontournable des professionnels s’est affaiblie avec l’apparition d’outils toujours plus indépendants vis-à-vis du temps et de l’espace.

[Réponse] La relation reste néanmoins bilatérale, comme elle l’a toujours été. Médias et opinion forment ainsi un couple inséparable autant que complice.

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